Le jour où j’ai eu peur de ne plus jamais vouloir prendre l’avion


Après des dizaines de vols, dont quelques-uns plus turbulents, et bien voilà, ça m’est arrivé!  J’ai eu la frousse de ma vie et j’ai eu peur de ne plus jamais vouloir prendre l’avion.  En plein milieu de notre long voyage, alors qu’il nous en reste encore tant à faire….

Bon, j’avoue d’emblée que je ne suis pas la plus brave en avion.  J’ai l’oreille bien aiguisée et je ne manque jamais d’entendre le petit « ting! » qui nous averti de boucler notre ceinture. Dès qu’il retentit, j’appréhende la catastrophe aérienne.  Alors si, en plus, le vol est plus agité qu’à l’habitude, j’ai l’aiguille du stress dans le tapis!

Quoi qu’en général assez chanceuse pour les conditions de vol, il m’est arrivé d’en vivre des moins agréables.  Encore récemment, à Sumatra, en Indonésie, nous avons dû effectuer la descente au travers de l’intense fumée générée par les feux de forêts qui affectaient le pays.  Le sol est devenu visible à seulement quelques secondes de l’atterrissage.  L’air y était difficilement respirable, tellement que les habitants se promenaient avec des masques en permanence.  Nous avons d’ailleurs eu de la difficulté à quitter cet endroit à cause de ces conditions climatiques!  Les vols étaient retardés, annulés… un peu plus et on y passait le reste de notre voyage!!!!

Nous, heureux et insouciants

Mais là c’était différent.  Le vol avait bien commencé.  Un court vol d’une heure seulement, censé nous conduire dans une ville des Philippines où se trouve… un des plus beaux volcans du pays.   Vous me voyez venir?  On pouvait bien voir le sol, il était d’ailleurs magnifique!  Quelques minutes avant l’une des plus grandes frousses de ma vie, on s’extasiait en assistant au plus bel atterrissage que nous avions vécu tant le paysage était beau.  Un immense tapis vallonné d’un vert sublime. Un relief ondulé par le volcan comme on en voit rarement.  Nous avons d’ailleurs survolé assez longtemps ce bel endroit… assez pour se demander si on ne tournait pas en rond! C’était effectivement le cas, mais nous n’aillions le réaliser que plus tard.

 

Nous étions à basse altitude depuis plusieurs minutes déjà, alors que tout devint subitement blanc! On venait d’entrer dans un mélange de tempête et de fumée volcanique.  La pluie s’est abattue sur l’appareil et mon cauchemar a commencé… Pour l’avoir tant admiré, nous savions que nous étions près du sol… Les turbulences sont apparues, au début petites, mais devenant rapidement plus importantes.  Elles s’accompagnèrent bientôt de « poches d’air ».   Vous savez, ce qui vous donne soudainement l’impression que l’avion chute de quelques mètres?!?  Nous étions laissés dans le silence, à nous demander ce qui se passait…en même temps, dans ces circonstances, peut-être valait-il mieux que le pilote tienne le manche à balai plutôt que le micro!

Miguel étant assis côté hublot, je lui demandais à répétition: «vois-tu le sol? Est-ce qu’on atterrit?». J’avais bien entendu le déploiement des roues, mais la descente semblait interminable.  Alors que mon coeur battait déjà assez vite,  les moteurs sont repartis de plus belle, pour amorcer… une remontée! Rapide et inattendue, elle était bien sûr accompagnée de fortes turbulences qui durèrent de longues, trop longues minutes…

Alors que l’avion brassait plus que ce que mon courage ne pouvait le supporter, le commandant nous mentionne qu’il est impossible d’atterrir dans ces conditions.  Il ajoute que la procédure prévoit de rebrousser chemin et de revenir à notre point de départ.

Quoi que je ne questionne absolument pas sa décision, qui doit sans l’ombre d’un doute être la meilleure dans les circonstances, mon souhait à ce moment, c’était de quitter l’appareil sur le champ!  Vous auriez dû voir le visage de Miguel lorsque je lui ai dit: « Je veux sortir d’ici…maintenant!!! ».

Je tentais de me souvenir des consignes de sécurité en regrettant de ne pas avoir été plus attentive lorsqu’elles furent énoncées…  Et oui, après tant de décollages, ce « bla-bla »  en début de vol est devenu un peu trop routinier pour que nous y portions réellement attention.  J’anticipais déjà recevoir le masque d’air sur la tête et ne plus savoir comment m’en servir.  Où est le gilet de sauvetage déjà?  Il y a seulement 4 sorties de secours?  Mais où diable sont-elles???

Je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui, j’étais littéralement en état de panique.  Impossible à calmer malgré toute la bonne volonté de mon chéri, dont j’ai broyé la main pendant de longues minutes. Il ne savait tellement plus comment me rassurer! Je l’ai regardé dans les yeux et lui ai dit le plus sérieusement du monde: « je ne prendrai plus jamais l’avion de ma vie ! ». Promesse d’ivrogne?

J’étais clouée à mon siège, sans possibilité de sortie.  Des larmes roulaient sur mon visage.  L’avion était trop petit, l’air qu’il contenait était insuffisant pour ce que demandaient mes poumons.  Je me voyais déjà faire les manchettes des journaux québécois, déplorant les lacunes de sécurité des compagnies aériennes low-cost asiatiques…parce que oui, s’en était une! L’espace d’un instant, j’ai pensé à l’avion de Malaysian Airlines; vous savez, celui que l’on cherche encore dans l’océan Indien…

Comme vous me lisez aujourd’hui, vous vous doutez bien du bon dénouement de mon histoire!  Oui, nous avons sommes revenus à notre point de départ en un morceau mais avec les jambes molles.  On nous a proposé de reprendre le vol deux jours plus tard, j’ai refusé.  J’étais alors incapable de m’imaginer pouvoir le faire si rapidement.

Aujourd’hui, en y repensant, je sais pertinemment que ce vol était loin d’être un vrai cauchemar, que j’aurais pu vivre bien pire.  J’entends d’ici mes amis qui sont pilotes se moquer de moi… tenter de me rassurer en vulgarisant quelques concepts touchant la dynamique des fluides, la portance et autres forces qui régissent les avions en plein vol…. et me dire au passage que les « poches d’air », ça n’existe pas!  Que voulez-vous, une peur, c’est souvent irrationnel.  Et ce jour là, j’ai vraiment eu peur!

Quant à ma promesse d’ivrogne, mon chéri me rappelle (en riant) qu’on ne pourra tout de même pas rentrer chez nous à la nage… je pense qu’il a raison!  Je vais devoir passer par dessus ma crainte.  Peut-être que me livrer à vous aujourd’hui aura un effet libérateur…

Raphaëlle

 

* Les photos d’avion: crédit photo internet

Catégories :Philippines

1 commentaire

  1. Bonjour à vous deux,

    Je crois que Raphaëlle a vécu une expérience dont elle se rappellera un bon moment!!!!! Heureusement tout s’est bien terminé et le temps qui s’écoule permet une distance bénéfique et sans oublier la peur aide à relativiser l’expérience.J’imagine qu’il est plus facile de passer à autre chose lorsqu’on est confortablement assise chez soi.
    Sur ces mots, continuez à explorer cette partie du monde et à nous surprendre.

    À bientôt, Suzanne

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