Le chemin de fer sri lankais


 

 

Lorsque l’occasion se présente, il est agréable d’effectuer ses déplacements en train. Un voyage en train a toujours ce petit je-ne-sais-quoi de plus pittoresque.

 

Si, parfois, la voie ferrée sillonne des bidons-villes et autres quartiers moins enviables, la traversée des campagnes et des territoires naturels fait, elle, généralement rêver. Le train nous semble alors seul à détenir l’accès à de formidables paysages panoramiques qui seraient par ailleurs inaccessibles au commun des voyageurs.

Dans les transports, comme dans bien d’autres domaines, chaque région a ses particularités propres. Même en ayant vécu des expériences similaires ailleurs dans le monde, rien ne vaut un essai pour goûter véritablement au concept.

Le Sri Lanka n’y échappe pas. Aussi fus-je emballé lorsque nous prîmes la décision de suivre nos premiers rails au pays.

Vous l’aurez compris, j’aime bien les voyages en train. Voici donc le récit de notre baptême du chemin de fer sri lankais.

Le charme a opéré dès notre arrivée aux abords de la gare où règne une atmosphère déroutante. Le nombre impressionnant de personnes et de véhicules, cherchant tous à prendre des directions différentes, accentue le sentiment de confusion qui nous frappe au premier regard. On s’y perd à travers mille petits marchands ambulants qui ont trouvé leur niche sous les toits extérieurs de l’immense bâtiment.  Ça ne s’avère finalement qu’un prélude au bourdonnement qu’on retrouvera à l’intérieur.

Arrivés en tuk-tuk, notre chauffeur se fit un devoir de nous mener le plus près possible de l’entrée principale. Ce fût impressionnant de le voir se creuser un passage à travers tout ce brouhaha avec professionnalisme et détermination.  Nous eûmes beau insister et lui dire qu’il pouvait nous déposer ici, ou là, il était bien déterminé à remplir correctement sa mission…Au risque de déchirer quelques vêtements en chemin…(ça vous dit quelque chose?!). Il se gara presque dans l’entrée!

La gare ressemble à un immense entrepôt suranné, d’où s’ouvrent des dizaines de couloirs. Heureusement, Raphaëlle trouva assez rapidement le bon guichet pour payer notre passage. Réjouie par le prix dérisoire des billets, elle eut la bonne idée de nous placer en seconde classe; il parait qu’on y trouvera moins de monde…

Après s’être faufilés dans la foule, c’est par quelques grognements d’impatience et des gestes autoritaires que le contrôleur nous pointa notre quai et l’endroit où attendre.

 

Tôt le matin, la gare est bondée; le mot est faible. Ici, c’est un moyen de transport  économique qui est étonnement prisé pour se rendre au travail dans des villages plutôt éloignés. On l’utilise couramment, tant pour de courts trajets que pour traverser toute l’ile de Ceylan, somme toute assez petite.

(Bon! Ici, Raphaëlle me demande avec insistance de vous préciser que le Ceylan, c’est l’île sur laquelle se trouve l’état du Sri Lanka. C’est aussi l’ancienne appellation du pays. Son nom changea en 1972,  au cours de la guerre civile qui opposa les tamouls hindous et les cingalais bouddhistes. Ça va comme ça mon amour?!? )  😉

Pour un étranger, les quais sont chaotiques! Des trains entrent en gare à tout moment et ne s’arrêtent que quelques secondes pour laisser les gens sortir et entrer. Il n’est pas rare de voir des passagers bondir dans l’embrasure de la porte d’un fourgon au dernier instant, voire même s’agripper à la rambarde alors que la locomotive est déjà en mouvement.

À travers une foule innombrable et en constant mouvement, nous posâmes nos sacs à dos et attendirent l’heure du départ. Observant le quai, nous avons eu quelques doutes sur le lieu exact d’embarquement. Nous avions constaté qu’un train s’arrêtait devant nous à tous les cinq minutes, mais aucune indication sur sa destination. Nous savions bien à quelle heure devait arriver le nôtre, mais le tableau indicateur ne présentait pas du tout les mêmes informations que celles de notre billet.

Le contrôleur semblant facilement irritable, nous avons préféré demander conseil auprès de passagers. Ce ne fût guère utile; leur niveau d’anglais étant trop faible, c’est le visage peiné qu’ils nous firent comprendre qu’ils n’étaient pas en mesure de nous aider.

Heureusement, un bon samaritain se présenta. Constatant nos doutes à distance, il vînt nous aider de son propre chef. On ne su jamais s’il ne parlait pas anglais, ou s’il était sourd-muet, mais l’homme nous fît signe de le suivre, après avoir regardé attentivement notre billet. Il nous indiqua un endroit où patienter, un peu plus loin sur le même quai. Nous n’attendions simplement pas devant les wagons de la deuxième classe.

Avant de nous quitter, il nous indiqua l’heure d’arrivée sur sa montre (nous avions la bonne!), et mima le geste de courir  avant de pointer l’entrée d’un wagon. À 8h30, on prendra le train devant nous. Pigé! Il quitta en souriant.

Quelques minutes nous séparaient de notre départ. Les gens s’entassaient de plus en plus autour de nous. Certains même se permettaient sans gêne de se placer entre nous et la voie ferrée…on était pourtant déjà très près! En quelques instants, on réalisa que notre train semblait bien plus populaire que ceux des autres embarquements que nous avions observés.

À 8h30 précise, un train entra en gare.

Il n’y eu pas d’embarquement…  Au lieu, se tint une mêlée aussi opiniâtre que confuse!

Le train n’eut-il pas encore arrêté ses roues qu’une immense vague humaine déferla en sa direction…et sur nous du même coup! La foule s’engouffra avec hâte dans la petite porte des wagons, poussant tout sur son passage. Nous fûmes entrainés dans une bousculade plutôt inattendue. Les passagers couraient et se plaquaient mutuellement. Les enfants et les vieillards, nullement en reste,  se taillaient une place à coups d’épaules au travers de la foule qui nous semblait subitement hors de contrôle. Tous se ruaient vers un même objectif et nous comprirent que trop bien pourquoi le bon samaritain nous avait mimer le geste de courir vers l’entrée…

La surprise passée, nous avons tenté de réagir, bien que nos immenses sacs et notre éducation d’occidentaux nous ralentissaient dans notre volonté de tout pousser sur notre passage. Malgré le nombre volumineux de passagers, le train ne resta guère plus longtemps en place que ses prédécesseurs. Le voilà déjà en mouvement et nous eûmes tout juste de le temps de nous glisser à l’intérieur. En fait, la marée humaine nous y avait promptement invités, qu’importait notre volonté!

À l’intérieur, plus aucune place assise n’était disponible. Évidemment! C’était, je l’ai dit, un train très populaire. Par ma grande taille, je pus entrevoir une place encore libre tout au fond du wagon. Ayant maintenant compris la partie, je m’imposai jusqu’à elle. Aidé, cette fois, de mon lourd bagage, je retins la foule et permis galamment à ma blonde d’y prendre place.

Expérimenté dans ce genre de situation, j’ai machinalement couché mon sac au bout du couloir et y posa mes fesses, adossé contre la porte de derrière. Je m’inventai ainsi une place assise aux côtés de ma douce voisine et y serais confortable pour le long trajet.

L’énervement du départ passé, les nombreux passagers encore debout se positionnèrent tranquillement; en fait, surtout ceux qui se tenaient debout dans l’allée. Ils continueront cette lente valse au cours du trajet, profitant habilement des places qui se libèreraient au gré des arrêts en gare.

De lents ventilateurs peinaient à nous fournir un peu d’air, mais heureusement, les fenêtres ouvertes compensaient suffisamment leur faiblesse. Raphaëlle assise, moi écrasé sur mon bagage, nous ne fûmes pratiquement pas dérangés.

 

Seuls passaient par là les contrôleurs de tickets et les quelques fraudeurs qui tentaient de se glisser en première classe.

 

Ah oui, il y avait aussi les « amis » des contrôleurs! Après le départ de chaque gare, on les voyait se faire escorter dans les premiers wagons. Je devais, bien sûr, me relever de mon « fauteuil » pour les laisser passer. Ce genre de situation semblait courante et je me suis demandé quelle différence de prix il pouvait bien y avoir entre en billet de première classe et une « amitié » avec le contrôleur….

 

La ballade fût agréable et fort charmante. Les écouteurs enfoncés dans les oreilles, je profitais tranquillement du paysage qui captivait tout autant Raphaëlle. Après quelques arrêts, je pus même trouver place dans un banc auprès de ma blonde.

 

La nature cingalaise défila sous nos yeux et nous laissa un agréable avant-goût de ce qui nous attendrait dans les prochains jours. Le train s’enfonça profondément dans une jungle luxuriante qui nous semblait par moment impénétrable. Un sinueux chemin s’y dessinait pourtant, au travers duquel quelques tunnels avaient été creusés pour la locomotive qui y pénétrait, sûr d’elle.

Distrait par les magnifiques paysages de forêts et de montagnes, nous ne vîmes pas le temps passer. Quelle agréable balade.

J’aime bien les voyages en train.

Miguel

P.s.: Emballé par les trajets et distrait par ma musique, je n’ai pas vraiment pris de photos des paysages…comme quoi mes lentilles ne sont pas toujours dans mes mains! Par contre, nous avons tourné quelques vidéos et Raphaëlle vous a préparé un petit montage (cliquez ici). Bon visionnement!

 

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